Tandis que la notion de péché en quoi la journaliste a trouvé une aubaine pour sa pitoyable propagande, il faut la mettre dans son contexte.
- La journaliste m’interroge au sujet du statut du foulard en Islam.
Je lui réponds que, selon l’Islam, il est obligatoire et je site les preuves notamment des paroles du prophète en s’adressant à sa belle sœur Asma.
- La journaliste poursuit : « il y a des musulmanes qui ne portent pas le foulard et qui se disent musulmanes ».
Cette affirmation est une provocation pour faire éclater le « scandale » qu’elle cherchait. Elle s’attendait à une réponse style « non, celles-ci ne sont pas musulmanes » ou « ne sont pas de bonnes musulmanes »
Ma réponse a été : « lorsqu’on est musulman cela ne veut pas dire qu’on est parfait ou que l’on est un ange. Il y a des musulmans qui ne prient pas, d’autres qui volent, et d’autres qui … Ce n’est pas pour ça qu’ils ne sont pas musulmans. Ils sont des musulmans mais ils commettent des péchés ».
- La journaliste trouve en quoi elle s’accroche : « donc, quand on n’est pas voilée on commet un péché, on est imparfait ?
« Effectivement, lorsqu’on est musulmane et on ne met pas le foulard on commet un péché »
Et la journaliste commence à distribuer aux filles les titres de « bonnes » et de « mauvaises » musulmanes et c’est le professeur qui est accusé de cela.
Etre musulman et commettre des péchés, il n’y a pas de plus normal. Sur ce point, notre prophète déclare :
« Tous les enfants d'Adam commettent des péchés. Mais les meilleurs des pécheurs sont ceux qui se repentent. »
Quant aux prétendues idées dangereuses que le professeur propagerait, c’est du fantasme.
Peuvent-ils définir ces idées dangereuses, qui relèveraient de l’intégrisme et de l’extrémisme ? En tout cas, durant mes 10 années de service dans l’établissement, au sein duquel mes filles portaient le foulard durant toute leur scolarité sans problème, je n’avais jamais eu aucun reproche ni de la part du chef d’établissement, ni de celle de l’inspecteur, ni de celle des collègues, ni de celle des élèves, ni enfin de celle des autres membres du personnel de l’école.
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Rapport du chef d’établissement |
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Rapport d’inspection du 19 mai 2003, recto | |
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Rapport d’inspection du 19 mai 2003, verso | Appréciations de l’inspection |
D’autre part, répondre aux questions posées sur l’Islam en citant la position de celui-ci ainsi que les sources et références c’est propager des idées dangereuses ? Même en cas de désaccord, ce qui n’est pas l’apanage de l’Islam ou des musulmans, la liberté d’expression fait partie des principes démocratiques que tout le monde doit respecter.
Pour le voyage à Auschwitz, la journaliste demande pourquoi les parents empêchent leurs filles d’y participer, tenter de comprendre leurs décisions devient une caricature. Bien sûr, la journaliste n’a pas jugé bon de maintenir, dans le reportage, mon appel à la participation à ce voyage et que moi-même j’y participe dans l’espoir d’encourager certains parents à autoriser leurs filles et certains l’ont fait. Bien que le voyage ne soit pas obligatoire on en fait un scandale et des collègues n’hésitent pas à crier à l’obscurantisme !
L’ironie du sort est que le même processus se répète, mais cette fois ci dans le sens inverse. Des parents non musulmans empêchent leurs enfants de participer à un voyage organisé, en collaboration entre le professeur de religion islamique et celui d’histoire, bien avant la diffusion du reportage, pour aller visiter un musée et le centre islamique de Bruxelles. La raison évoquée par les opposants est qu’ils ne veulent pas que leurs enfants rentrent dans une mosquée !
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Quant à la pétition rédigée par certains élèves de deuxième et troisième années pour demander de la viande « halal », je la trouve, malgré tout, une initiative courageuse qui pourrait s’inscrire dans le cadre de l’éducation à la citoyenneté. Cette dernière qui vise à faire de nos élèves des citoyens responsables qui peuvent prendre des initiatives pour servir la collectivité, se manifeste au sein de notre établissement sous différents aspects parmi lesquels la participation active des élèves de religion islamique, d’une manière continue depuis 7 années successives, à la journée « portes ouvertes » de l’école. L’expérience a montré que c’est une excellente manière d’introduire la notion de démocratie auprès des élèves. Donc, malgré la difficulté de sa faisabilité, l’initiative en question mérite d’être encouragée
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Journée « Portes Ouvertes » à VERDI en 2007. | |
Au sujet du climat qui régnait au sein de notre établissement, je tiens à souligner le bon vivre que j’ai connu durant mes dix dernières années. Rares étaient les écoles qui pouvaient rivaliser avec la notre. Durant les 25 années de ma carrière, en tant que professeur de religion islamique ou de Mathématiques je n’en avais connues que très peu. Pas de conflit ni entre élèves ni entre les membres du personnel, ni entre musulmans et non musulmans, ni entre filles portant le foulard et celles qui ne le portent pas. Les élèves musulmans étaient bien intégrés et avec un niveau intellectuel comparable à celui des autres voire meilleur.
Malheureusement, après le passage de la RTBF, tout cela risque de faire partie de l’histoire.
Quant au parti « islamiste » que j’ai fondé, je vous laisse le soin de découvrir, à travers notre site internet :
http://www.mpenet.org
ce qui a permis à Madame Bourgaux de lui attribuer cette qualification. Le MPE est un parti qui appelle à l’éducation responsable, à l’égalité de tous face aux droits et aux obligations. Certes les valeurs auxquelles appelle notre parti se retrouvent dans l’Islam. Quant à l’égalité, le prophète de l’Islam déclare:
« Ô hommes ! Certes votre Seigneur est un et votre aïeul est un. L’Arabe n’a pas de mérite sur le non-Arabe, ni celui-ci sur l’Arabe, le blanc n’a pas de mérite sur le noir, ni celui-ci sur le blanc ; sauf par la piété ».
L’appel à la justice se retrouve dans le verset suivant :
« Et que la haine envers un peuple ne vous incite pas à être injuste. Pratiquez l'équité : cela est plus proche de la piété. »
Cela suffirait-il pour traiter le parti d’islamiste ? L’égalité et la justice ne sont-elles pas des valeurs universelles ?
Si notre parti insiste sur ces valeurs c’est parce qu’elles sont les plus bafouées dans notre société. La discrimination à l’égard des citoyens faibles fait légion. Le sexisme déguisé en liberté s’installe dans toutes les sphères de notre société. «Libérer la femme » en la rejetant dans la sphère de l’ignorance et de la précarité. « Ton foulard ou tes études ! ». « Ton foulard ou ton travail ! » Toi qui porte le foulard tu n’as pas droit à l’instruction, tu dois rester ignorante ; tu n’as pas droit à une vie décente, tu as droit à la précarité ! Finalement, a-t-elle droit à la vie ? Certains revendiquent son interdiction même sur la voie publique; tout cela au nom de sa « libération ».
Malgré l’interdiction de la plupart des écoles de la communauté française du foulard islamique, notre établissement continuait à l’autoriser par respect de la Constitution et des différents traités internationaux signés par notre pays. De même, « l’objectif était de donner la possibilité à tous de se préparer à des études supérieures ou universitaires », objectif louable et ne pouvant témoigner que d’une grande ouverture d’esprit et de refus de l’injustice. Tout le monde jouissait de la liberté garantie par la Constitution. Toute contrainte est rejetée, comme il a été précisé par le chef d’établissement : « si une est contrainte c’est trop ! » Mon espoir serait que ce principe aille dans les deux sens. Aucune fille ne doit être contrainte de mettre un foulard. De même, aucune ne devrait être contrainte de ne pas le mettreCi-contre : Claudine Baiverlin, Préfète de l’AR Verdi de Verviers.
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Enfin, permettez-moi de rappeler, notamment à ceux qui seront appelés à se prononcer sur l’interdiction du foulard, soit au niveau local soit un niveau plus vaste, de prendre en compte les articles de la Constitution pour laquelle chaque employé a prêté serment de respect et fidélité.
- Art. 11 : La jouissance des droits et libertés reconnus aux Belges doit être assurée sans discrimination. A cette fin, la loi et le décret garantissent notamment les droits et libertés des minorités idéologiques et philosophiques.
- Art. 19 : La liberté des cultes, celle de leur exercice public, ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sont garanties, sauf la répression des délits commis à l'occasion de l'usage de ces libertés.
- Art. 24
- § 1er. L'enseignement est libre; toute mesure préventive est interdite; la répression des délits n'est réglée que par la loi ou le décret.
- La communauté assure le libre choix des parents.
- La communauté organise un enseignement qui est neutre. La neutralité implique notamment le respect des conceptions philosophiques, idéologiques ou religieuses des parents et des élèves.
- Les écoles organisées par les pouvoirs publics offrent, jusqu'à la fin de l'obligation scolaire, le choix entre l'enseignement d'une des religions reconnues et celui de la morale non confessionnelle.
Enfin, je ne devrais pas oublier les quelques rares témoignages positifs, dont je tiens à saluer les auteurs, qui n’avaient pas succombé à la propagande du reportage et qui avaient manifesté le courage de dénoncer les abus et l’exclusion à l’égard des victimes innocentes que sont les filles voilées.
Aujourd’hui, aux musulmans de faire leur choix entre les options qui leur sont offertes :
- Se dissoudre complètement dans le groupe majoritaire de la société, faire table rase de leurs valeurs et principes et les remplacer par de nouveaux, dans l’espoir d’être acceptés par le groupe dominant ;
- faire preuve de maturité et s’organiser pour créer ses propres institutions, scolaires, politiques, sanitaires et autres. Cette option nécessite beaucoup d’effort et de sacrifices que seuls les endurants pourraient supporter.
- Refuser les deux options précédentes pour se constituer en une communauté marginalisée qui n’aura profité ni de son passé glorieux ni de la modernité de l’époque où elle vit.
Le temps est loin de jouer en faveur de notre communauté. Chaque jour qui passe est une opportunité de moins pour la réalisation de son avenir.